Voici une traduction rapide d’un texte de Frère David. Le français est en dessous de l’anglais.
The only point where one can start to talk about anything, including death, is where one finds oneself. And for me this is as a Benedictine monk. In the rule of St. Benedict, the momenta mori has always been important, because one of what St. Benedict calls “the tools of good works” meaning the basic approaches to the daily life of the monastery-is to have death at all times before one’s eyes. When I first came across the Benedictine Rule and tradition, that was one of the key sentences which impressed and attracted me very much. It challenged me to incorporate the awareness of death into my daily living, for that is what it really amounts to. It isn’t primarily a practice of thinking of one’s last hour, or of death as a physical phenomenon; it is a seeing of every moment of life against the horizon of death, and a challenge to incorporate that awareness of dying into every moment so as to become more fully alive.
On ne peut parler de quelque chose – y compris de la mort – qu’en se plaçant là où nous en sommes. Et pour moi, c’est en tant que moine bénédictin. Dans la règle de Saint Benoît, le momenta mori a toujours été important parce qu’un des outils que Saint Benoît appelle, « les outils des bons travaux », c’est-à-dire l’approche de la vie quotidienne dans le monastère, est de garder toujours la mort sous ses yeux. Lorsque j’ai rencontré pour la première fois la Règle et les traditions bénédictines, ce fut une des phrases qui m’ont le plus impressionné et attiré. Cela m’a mis au défi d’incorporer la conscience de la mort dans ma façon de vivre au quotidien, parce que c’est vraiment significatif. Il ne s’agit pas de penser à sa dernière heure, ou de réfléchir à la mort comme un phénomène physique, mais de considérer chaque moment de la vie sous l’horizon de la mort, et c’est un défi d’incorporer cette conscience dans chaque moment de façon à devenir plus complètement vivant.
Death has to be one of the important elements of life, for it is an event that puts the whole meaning of life into question. We may be occupied with purposeful activities, with getting tasks accomplished, works completed, and then along comes the phenomenon of death-whether it is our final death or one of those many deaths through which we go day by day. And death confronts us with the fact that purpose is not enough. We live by meaning. When we come close to death and all-purpose slips out of our hands, when we can no longer manipulate and control things to achieve specific goals, can our life still be meaningful? We tend to equate purpose with meaning, and when purpose is taken away, we stand there without meaning. So there is the challenge: how, when all-purpose comes to an end, can there still be meaning?
La mort doit être un des éléments les plus importants de la vie, parce que c’est un évènement qui met en question le sens de la vie. Nous pouvons être occupé à des activités pleines de d’objectifs, en accomplissant des tâches, en terminant des travaux, et à côté de cela vient le phénomène de la mort, que ce soit notre mort finale ou bien une des nombreuses morts que nous côtoyons jour après jour. Et la mort nous confronte avec le fait que le but n’est pas suffisant. Nous vivons par le sens. Lorsque nous approchons de la mort et que le but nous glisse entre les mains, lorsque nous ne pouvons plus manipuler ou contrôler les choses pour atteindre des buts spécifiques, est-ce que notre vie peut toujours avoir un sens ? Nous avons tendance à confondre but et sens, mais lorsque le but nous est enlevé, nous nous trouvons sans sens. Alors voici le défi : comment, lorsque tout but touche à sa fin, est-ce qu’il peut encore y avoir du sens ?

This question suggests why in the monastery we are counseled (or challenged) to have death at all times before our eyes. For the monastic life is one way of radically confronting the question of life’s meaning. In it you cannot get stuck in purpose: there are many purposes connected with it, but they are all secondary. As a monk you are totally superfluous, and so you cannot evade the question of meaning.
Cette question peut être une des raisons pour lesquelles dans le monastère, on nous conseille (ou on nous met au défi) de garder la mort sous les yeux à tout moment. Parce que la vie monastique est une façon de se confronter radicalement à la question du sens de la vie. Dans la vie monastique, vous ne pouvez être bloqué dans la question du but : il y a plusieurs buts connectés à la vie monastique, mais ils sont tous secondaires. En tant que moine, vous êtes totalement superflu, et donc vous ne pouvez éviter la question du sens.
This distinction that I am making between purpose and meaning isn’t always carefully maintained in our everyday language and thought. In fact, we could avoid a good deal of confusion in our lives if we did pay attention to the distinction. It takes only a minimum of awareness to realize that our inner attitude when striving to achieve a purpose, a concrete task, is clearly different from the attitude we assume when something strikes us as especially meaningful. With purposes, we must be active and in control. We must, as we say, “take the reins,” “take things in hand,” “keep matters under control,” and utilize circumstances like tools that serve our aims. The idiomatic expressions we use are symptomatic of goal-oriented, useful activity, and the whole of modern life tends to be thus purpose-oriented. But matters are different when we deal with meaning. Here it is not a matter of using, but of savoring the world around us. In the idioms we use that relate to meaning, we depict ourselves as more passive than active: “It did something to me”; “it touched me deeply”; “it moved me.” Of course, I do not want to play off purpose against meaning, or activity against passivity. It is merely a matter of trying to adjust the balance in our hyperactive, purpose-ridden society. We distinguish between purpose and meaning not in order to separate the two, but in order to unite them. Our goal is to let meaning flow into our purposeful activities by fusing activity and passivity into genuine responsiveness.
Cette distinction que je fais entre but et sens n’est pas toujours maintenue dans notre langage et notre façon de penser de tous les jours. En fait, nous pourrions éviter beaucoup de confusion dans nos vies si nous prêtions attention à cette distinction. Il faut seulement un minimum de conscience pour réaliser que notre attitude intérieure, lorsqu’on essaie d’atteindre un but, de réaliser une tâche concrète, est clairement différente de celle que nous avons lorsque quelque chose nous apparaît comme ayant particulièrement de sens. Avec des buts, nous devons être actifs et en contrôle. Nous devons « prendre les rênes », « prendre les choses en main », « garder les sujets sous contrôle » et utiliser les circonstances comme des outils pour servir nos buts. Ces expressions idiomatiques sont symptomatiques d’une activité utile, orientée vers un but, et toute la vie moderne tend ainsi à être orientée vers un but. Mais les choses sont différentes lorsque nous nous occupons du sens. Il ne s’agit pas d’utiliser mais de savourer le monde autour de nous. Dans les expressions que nous utilisons pour nous relier au sens, nous nous décrivons comme passifs plutôt qu’actifs : « Cela m’a fait quelque chose », « Cela m’a profondément touché », « Cela m’a remué ». Bien sûr, je ne veux pas opposer but et sens, ni activité et passivité. Il s’agit plutôt d’essayer d’ajuster l’équilibre dans notre société hyperactive et mue par le but. Nous distinguons entre but et sens non pas pour les séparer, mais pour les unifier. Notre objectif est de laisser le sens couler dans nos activités pleines de but en fusionnant activité et passivité en une réponse authentique.

Death puts our responsiveness to the ultimate test.
La mort fait subir le test ultime à notre réponse/réactivité.

Brother David Steindl-Rast (site gratefulness.org) repris sur awakin.org

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